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Chine. La répression de Noël visant des militants se poursuit


Les autorités chinoises doivent immédiatement libérer Ni Yulan, une défenseure des droits des femmes de premier plan encourant plusieurs années de prison, dont le procès doit s’ouvrir jeudi 29 décembre, a déclaré Amnesty International mercredi 28 décembre.

Ni Yulan est, à la connaissance d’Amnesty International, la troisième militante à passer en jugement ces dernières semaines, les autorités chinoises sévissant actuellement contre les individus qu’elles considèrent comme des menaces.

Depuis plus d’une décennie, Ni Yulan milite contre les expulsions forcées et d’autres violations des droits humains en Chine. Elle et son époux, Dong Jiqin, ont été accusés de « fraude » et d’avoir « provoqué des disputes et causé des troubles ».

« Il semble que le gouvernement chinois essaie de faire tout ce qui est en son pouvoir afin d’envoyer les personnes qu’il voit comme des menaces derrière les barreaux en cette période de fêtes, durant laquelle beaucoup de personnes sont occupées par les célébrations à travers le monde », a déploré Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

« Les autorités invoquent des charges vagues et recourent à des procédures iniques pour se débarrasser de soi-disant fauteurs de troubles avant la transition sans précédent qui aura lieu au sommet de l’État en 2012, et à la faveur de laquelle la majorité des membres des organes décisionnels les plus puissants du pays seront remplacés par une nouvelle génération de dirigeants. »

Vendredi 23 décembre, un tribunal a condamné un autre éminent militant, Chen Wei, à neuf ans de prison pour avoir rédigé et diffusé des écrits critiquant le parti communiste. Lundi 26 décembre, le militant Chen Xi a été condamné à 10 ans de prison pour avoir créé un groupe de discussion sur le thème des droits humains.

Ces 10 dernières années, les autorités n’ont eu de cesse de harceler Ni Yulan, allant jusqu’à l’emprisonner et la soumettre à la torture. Lorsqu’elle a été arrêtée en 2002, des représentants des autorités lui ont fracturé les rotules et les pieds. Ses blessures étaient si graves qu’aujourd’hui encore, Ni Yulan est en fauteuil roulant.

« Les autorités chinoises ont rendu le quotidien de Ni Yulan invivable, la soumettant à des arrestations et des violences physiques qui l’ont laissée infirme », a ajouté Sam Zarifi. « Le gouvernement chinois doit immédiatement libérer Ni Yulan et son mari, et faire cesser leur persécution. »

D’après son avocat, Ni Yulan doit être jugée par le tribunal populaire du nord du district de Xicheng (Pékin). Elle est poursuivie pour « fraude » pour avoir, semble-t-il, dispensé des conseils juridiques à des personnes menacées d’expulsion forcée et d’autres violations du droit au logement à travers la Chine alors qu’elle ne possède pas de licence d’avocat.

Dong Jiqin, l’époux de Ni Yulan, qui apporte un soutien sans faille au travail de celle-ci sur les droits humains, sera lui aussi jugé, pour avoir « provoqué des disputes et causé des troubles ».

Le couple a été appréhendé le 7 avril 2011, puis officiellement placé en détention les 13 et 15 avril. Ils n’ont été autorisés à s’entretenir avec leurs avocats qu’à deux ou trois reprises depuis leur arrestation.

La santé de Ni Yulan s’est dégradée depuis lors. Elle souffre des séquelles d’actes de torture subis lors de précédentes incarcérations, ainsi que d’autres problèmes de santé.

Sa fille, Dong Xuan, a déclaré à Amnesty International : « Les autorités peuvent détruire le dossier scolaire de ma mère et contester la validité de sa licence d’avocate, mais elles ne peuvent détruire le travail qu’elle a accompli en faveur de personnes menacées ni ignorer les actes de torture, les arrestations et les peines de prison auxquels elle a été soumise au fil des années en raison de son action. »

Complément d’information

Ni Yulan a elle-même été victime d’une expulsion forcée. Depuis 2001, elle défend le droit au logement en Chine et a été placée en détention pour de longues périodes à trois reprises en raison de son action.

En 2002, alors qu’elle filmait la démolition d’une maison à Pékin, les autorités l’ont emmenée au poste de police le plus proche et torturée pendant plusieurs jours, lui brisant les pieds et les rotules. Ses blessures étaient si graves qu’aujourd’hui encore, Ni Yulan est en fauteuil roulant.
Lorsqu’elle a essayé de déposer une requête auprès des autorités au sujet des coups qu’elle avait reçus, elle a été arrêtée, reconnue coupable d’« entrave à l’action des agents de l’État » et condamnée à un an d’emprisonnement. Son mari, Dong Jiqin, n’a pas été autorisé à assister au procès.

Après sa libération, en 2003, Ni Yulan a continué à lutter en faveur des droits de personnes risquant d’être expulsées en amont des Jeux olympiques de 2008 à Pékin. En 2008, juste avant les Jeux, Ni Yulan a été arrêtée et condamnée à deux ans de prison après avoir essayé d’empêcher la démolition de sa propre maison. Elle a été soumise à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements en prison et a été privée de soins médicaux adaptés.