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Dominique de Villepin au quotidien METRO : « Je veux proposer une alternative à la politique menée »


L’ancien Premier ministre ne cache pas sa volonté de peser dans le débat à l’horizon 2012. Il répond aux questions de Metro sur METROFRANCE.COM

Vous avez passé neuf heures au salon de l’Agriculture mercredi. Vous êtes préoccupé par la crise qui frappe le secteur ?
C’est la crise la plus grave des dernières décennies. Quand je vois l’inquiétude des agriculteurs, la dégradation de leurs revenus, je me dis qu’il y a urgence. Il faut régler le problème de la variation des prix, qui introduit une instabilité dans la vie des agriculteurs, mieux réguler les marchés, et faire en sorte que les normes environnementales soient soutenables. D’ici à la fin de l’année, la Loi de modernisation agricole devrait permettre d’apporter de premières réponses. Mais il y a un impératif : l’engagement au plus haut niveau de l’Etat. Le président de la République, compte tenu de l’enjeu européen et mondial que représente notre agriculture, doit s’engager personnellement. La polémique sur son absence à l’ouverture du Salon de l’Agriculture est stérile. Ce qui compte, c’est qu’il y vienne samedi et annonce des mesures fortes comme la réunion d’un conseil européen exceptionnel sur l’agriculture.

Les élections régionales se présentent mal pour la majorité. Vous craignez un vote sanction ?
C’est un risque dans un contexte de difficultés économiques et sociales. C’est pour cela qu’il me paraît essentiel de tout faire pour recréer un pacte de confiance entre les Français et les élus. Je mets tout en haut de l’agenda l’exigence de justice sociale. On ne peut pas obtenir la confiance si les efforts ne sont pas justement répartis ; ça veut dire par exemple suspendre le bouclier fiscal, créer une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu pour les plus riches ou encore élever l’impôt sur les sociétés, pour les banques et les plus grandes entreprises.

Vous avez le sentiment que la politique menée depuis 2007 a divisé les Français ?
Nous avons besoin de sens et de perspectives, or les priorités n’ont pas été suffisamment définies. Des réformes tous azimuts ont été engagées, en dispersant souvent notre énergie. Est-ce qu’il faut en même temps se battre sur l’exonération des heures supplémentaires ou sur le travail le dimanche, se diviser sur une énième réforme de la Justice ? Ou est-ce qu’il ne faut pas concentrer nos efforts sur les quelques réformes centrales ? Pour moi, trois domaines sont prioritaires : l’emploi, la compétitivité et la lutte contre les déficits. Recréer les conditions de la confiance implique une mobilisation générale. Il faut donc privilégier des réformes à fort consensus, et laisser de côté, en attendant des jours meilleurs, les domaines très clivants entre la droite et la gauche.

Quelles leçons le gouvernement devra-t-il tirer en cas d’échec aux régionales ?
La première, c’est une exigence de responsabilité. Nous sommes à deux ans des échéances présidentielles. Dans une période difficile, rien ne serait pire que de rentrer dans une logique électoraliste et politicienne dès le lendemain des régionales. Or, c’est le risque. Il faut un gouvernement rassemblé, cohérent et capable de travailler efficacement jusqu’au dernier jour. La deuxième, c’est de ne pas agir dans la précipitation. Je me réjouis d’ailleurs que le chef de l’Etat ait choisi d’éviter le passage en force sur la réforme des retraites, pour la meilleure concertation possible.

Que pensez-vous des polémiques qui entourent la campagne des régionales ?
Il est toujours dommage de voir une campagne électorale sombrer dans la petite phrase ou dans le procès d’intention, surtout lorsqu’il existe autant de sujets d’intérêt général. La politique ne doit pas se placer sur ce terrain-là, et ce constat est valable pour la droite comme pour la gauche. Il faut veiller à ce que de tels excès n’offrent pas un terreau favorable à la montée des extrêmes. Je pense qu’il est urgent de réagir, et j’espère que les dix derniers jours de campagne seront davantage à la hauteur des attentes des citoyens.

Quelle est la nature de vos rapports avec l’UMP aujourd’hui ?
J’ai une position singulière au sein du parti, qui est notamment d’appartenir à la famille Gaulliste. Très tôt et de façon claire, j’ai pris mes distances avec certaines orientations du quinquennat, notamment avec le déséquilibre institutionnel qui explique à mon sens une partie des difficultés et des blocages actuels. A mes yeux, les institutions supposent un président actif certes, mais travaillant main dans la main avec un Premier ministre et un gouvernement forts capables de mobiliser tous les leviers de l’Etat au service d’une vision.

Il est urgent de revenir aux fondamentaux, la défense de la République, de la Nation, de l’Etat. On ne peut pas se couper des aspirations du peuple Français, comme cela est malheureusement le cas aujourd’hui. Et c’est pourquoi je veux proposer une alternative à la politique menée qui ne donne pas assez de résultats. Ainsi en matière d’emploi j’ai mené entre 2005 et 2007 une bataille qui a permis de créer 600 000 emplois. De même, nous avions réussi à réduire le déficit public de 20 milliards d’euros en deux ans. Je ne crois pas qu’il n’y ait qu’une seule voie possible pour la majorité.

Le club Villepin a-t-il vocation à devenir un parti politique ?
La route n’est pas encore tracée, mais il est vrai que nous souhaitons compter chaque jour davantage. Pour peser davantage, mieux défendre nos idées, inscrire notre action dans la durée et augmenter nos moyens, sans doute faudra-t-il faire évoluer le club Villepin en un véritable mouvement politique. J’entends rassembler tous ceux qui souhaitent servir l’intérêt général sans aucune exclusive.

Quand comptez-vous faire part de vos intentions pour 2012 ?
Ce serait absurde de s’engager dans une campagne présidentielle prématurée alors même qu’il y a tant de défis à relever. Ce que je souhaite c’est que les deux dernières années du quinquennat soient utiles aux Français. Au lendemain des régionales il faudra tirer avec lucidité les leçons et faire des propositions utiles et concrètes pour les Français.

Vous imaginez des alliances possibles, par exemple avec François Bayrou ?
Qu’il y ait des échanges et des réflexions très larges c’est une chose, mais j’entends assumer mes choix et mes convictions sans céder à des tentations ou des calculs politiciens.
Ce dont les Français ont besoin aujourd’hui c’est de personnalités capables de porter un message et un projet nourri par l’expérience, l’engagement et la responsabilité.
J’ai eu la chance d’exercer successivement les fonctions de ministre des Affaires étrangères, de ministre de l’Intérieur et de Premier ministre et j’entends mettre cette expérience au service de mes concitoyens.

L’accueil chaleureux qui vous à été réservé lors de vos déplacements sur le terrain doit vous conforter dans vos choix ?
Partout où je vais qu’il s’agisse du Sud-ouest à Bergerac, de Bondy en Seine-Saint-Denis, du Finistère ou encore du Salon de l’Agriculture, j’ai le souci d’être à l’écoute des Français.
La politique n’est pas un travail solitaire, la dynamique politique doit être interactive. Aujourd’hui, il y a une vraie attente et une envie d’autre chose chez les Français. Je sens bien que mon discours à un écho aujourd’hui auprès de nos concitoyens. De fait, cela est motivant, mais non pas pour entretenir une ambition personnelle, mais davantage pour faire bouger les choses, dans un souci d’égalité et de justice sociale pour tous. C’est non seulement enrichissant, mais un véritable plaisir que j’éprouve à travers cet engagement.

Que pensez-vous du projet de réforme de la procédure pénale ?
Je pense qu’il y a besoin aujourd’hui d’une réforme bien plus large pour redonner du sens à l’instruction pénale, pour réfléchir sur le sens de la peine afin que la prison puisse remplir son sens de réinsertion et de réhabilitation et pour avancer sur l’égalité d’accès au service public de la justice.
En ce qui concerne l’avant-projet de loi, deux points m’inquiètent particulièrement. En premier lieu, le statut du juge d’instruction. On peut évoquer sa suppression, et la création d’un juge des enquêtes et des libertés (JEL). Mais cela ne m’apparaît pas satisfaisant, tant que l’on a pas réglé la question de l’indépendance du parquet vis-à-vis de la Chancellerie.
Depuis des années, je plaide pour une rupture totale des liens unissant le pouvoir politique au Parquet, afin d’avoir une justice totalement indépendante et répondant au niveau d’exigence de nos partenaires européens. Deuxièmement, je m’inquiète de la situation des gardes à vue dans notre pays. Nous devons être irréprochables, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. A ce propos, je plaide pour la présence de l’avocat tout au long de la garde à vue.

Comment abordez-vous l’appel dans l’affaire Clearstream ?
Le jugement qui a été rendu a fait toute la lumière, en droit et en fait. J’ai indiqué pour ma part que j’avais tourné la page. Quoiqu’il en soit, cette affaire n’a jamais pesé sur mon engagement politique et ne pèsera pas davantage à l’avenir.

Vous avez revu Jacques Chirac après des années d’interdiction en raison du procès Clearstream. Que vous êtes-vous dit ?
J’ai été profondément peiné de ne pouvoir rencontrer Jacques Chirac au cours des dernières années. C’était d’abord des retrouvailles personnelles, et nous avons partagé de nombreuses réflexions sur des sujets qui nous sont chers, et pas uniquement politiques.

Comment analysez-vous sa côte de popularité qui ne cesse de grimper ?
Dans une période très difficile, c’est une personnalité qui rassure, compte tenu de son expérience et de sa sérénité. Jacques Chirac est profondément attaché à la France et aux Français et chacun le sent.

Propos recueillis par Gilles Daniel et Adrien Cadorel
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